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Une aumônerie d'hôpital pour l'IBP (Brésil)

02 décembre 2017

Par M. l'Abbé Ivan Chudzik, IBP

Le jour de la fête du Très Saint Nom de Marie a été plein de grâces pour mon ministère sacerdotal débutant. Mes supérieurs m'ayant envoyé à Belém, principale capitale au nord du Brésil, j'y suis arrivé le 9 septembre. Peu de jours après, le 12 septembre, alors que l’Eglise fêtait la victoire catholique à Vienne contre l'Empire ottoman en 1683, deux lettres de l’archevêque Monseigneur Alberto Taveira Corrêa m'ont annoncé une autre victoire, cette fois-ci pour notre apostolat dans son archidiocèse : l'usage d'ordres et la nomination comme aumônier de l’hôpital de la Société Bienfaitrice Portugaise (Benemérita Sociedade Beneficente Portuguesa), pour remplacer l'abbé Tomas Parra, ibp, qui se trouve maintenant dans notre maison de Sao Paulo.

En effet, mes activités en tant qu'aumônier se devront d’être à la hauteur de celles de mes prédécesseurs, dont le zèle sacerdotal a si bien marqué les employés, les directeurs, les malades eux-mêmes ainsi que leurs familles, qu'ils s'en souviennent jusqu'à présent. 

Le père Nestor Windolph, franciscain américain qui a travaillé pendant plus de 30 ans comme aumônier de l'Hôpital et qui, comme moi, a célébré la messe selon le rite romain traditionnel pour le groupe stable de fidèles de l'archidiocèse, avait l'habitude de rendre visite à l'USI à 3h de la matinée, afin de prier pour chaque malade. L'abbé Glaucon Feitosa, aumônier depuis 2013, que l'abbé Parra a d'abord secondé puis remplacé en 2016, avait développé une intense vie spirituelle pour toute la « famille » de l'hôpital, y incluant l'exposition du Très Saint Sacrement et la neuvaine à Notre-Dame du Perpétuel Secours. De mon confrère au sein de l’Institut du Bon Pasteur l'abbé Parra, j'ai reçu son expérience de la visite de nombreux malades. Celui-ci en aida même quelques-uns à revenir vers l'unique bercail de Jésus-Christ, et d’autres à mourir saintement, après avoir reçu les sacrements et avoir été confortés par ses paroles.

L'exercice de cette fonction n'ignore aucune étape de la formation sacerdotale. L'aumônier de l'hôpital ne se contente pas d'administrer les sacrements aux mourants lorsqu'il est sollicité par leurs familles, mais il doit principalement aller à la rencontre des patients, et pour cela il faut toquer à la porte de chaque chambre, entrer dans chaque infirmerie, se présenter et se mettre à leur disposition comme instrument de la grâce de Dieu. 

Ainsi, l'aumônier ne reste pas à attendre des catholiques convaincus, mais il se doit de susciter cette conviction chez un grand nombre d'âmes, victimes de l'ignorance religieuse, de l'éloignement de l’Eglise, ou tout simplement de la « paresse » de se réconcilier avec Dieu, parce qu'on juge fréquemment que notre cas n'est suffisamment pas grave pour demander la visite d'un prêtre. 

Dans chaque conversation, dans chaque chambre, au sein de chaque aile ou infirmerie de l'hôpital, l'aumônier doit avoir la parole juste, adaptée à la circonstance, soit pour convaincre les patients qu'ils ont besoin de la grâce soit pour confirmer dans l'espérance des patients et des familles abattus par l'infirmité ou désespérés par l’attente d'une guérison qui ne vient pas. Cette parole juste n'est pas moins que le fruit des années d'étude de philosophie et de théologie, de lecture spirituelle, d'apprentissage avec l'expérience des autres prêtres et la vie de prière personnelle. Cependant, combien il est difficile parfois de la trouver, de sorte qu'à chaque visite l'aumônier ne se réduise pas à un simple « professionnel du sacré », avec un discours prêt au temps chronométré, mais soit d’avantage un médecin des âmes, préoccupé de diagnostiquer ce qui les sépare de Dieu, afin d'appliquer le remède adéquat pour chacune d’entre elles. 

De là vient ma conviction que l'Institut du Bon Pasteur, en formant des prêtres à l'école de saint Thomas d'Aquin et dans la plus obéissante fidélité au Magistère et à la Tradition de l’Eglise, les prépare à cette universalité du ministère sacerdotal, dans lequel on doit être « tout à tous, afin de les sauver tous » (I Cor. IX, 22).

Cela ne serait pas possible sans la liberté dont je dispose au sein de l'hôpital de la Société Bienfaitrice Portugaise. L'aumônier peut entrer et sortir à sa guise, rendre visite à toutes les chambres, ailes et infirmeries, célébrer la messe et les autres actes de culte ou de dévotion dans la chapelle de l'hôpital, quelque soit le jour ou l’heure de la semaine. A une époque de relativisme et laïcisme, cet hôpital se maintient fidèle à ses « racines portugaises et catholiques », comme me l’a dit l'un de ces directeurs. 

« Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi ». Cet hôpital est un don du Portugal et de la Très Sainte Vierge pour le nord du Brésil, où j'ai le privilège d'aider les âmes à (re)trouver la grâce dans cette vie, et la gloire dans l'autre.

Je suis toujours présent à l’hôpital dans l'après-midi, pour rendre visite aux ailes et infirmeries. Lors de ces visites, j'essaie de transmettre non seulement la doctrine catholique au sujet de la maladie, mais aussi la joie chrétienne, laquelle est fondamentale afin que les patients et leurs familles ne permettent pas l'entrée de la tristesse qui vient du monde et produit la mort (II Cor. VII, 10). Pour cela, à l'entrée et à la sortie, une plaisanterie, une blague. Lorsque qu’une personne voit le prêtre entrer dans une chambre ou infirmerie et juge qu'il vient forcément parler de vérités mauvaises et menaçantes, il lui faut perdre la défiance envers celui qui est le ministre de Jésus-Christ, Lequel n'est pas venu condamner le monde, mais le sauver (Jn. XII, 47).

Quant à la vie spirituelle et liturgique de l'Hôpital, elle est rythmée par la prière du chapelet du lundi au vendredi et le dimanche à 17h00 dans la chapelle dédiée à l'Immaculée Conception. Un haut-parleur transmet la prière dans le hall principal où des centaines de personnes circulent tous les jours, en les invitant à prier. Quelques patients ou familiers, ne pouvant se rendre à la chapelle, ouvrent les portes de leur chambre afin de suivre la prière qu'ils écoutent grâce au haut-parleur. Ainsi, aux « je vous salue Marie » du prêtre répond un petit choeur dans la chapelle et un autre qui se trouve à l'extérieur, unis dans la plus étroite communion de prière.

Après le chapelet je célèbre la sainte messe selon le rit romain traditionnel, comme cela n’est pas très étonnant de la part d'un prêtre de l'Institut du Bon Pasteur. Peut-être pourrait-on penser que ce rite ne devrait être célébré que pour des groupes qui le sollicitent, dont on présume une préparation préalable, dans une chapelle ou église réservée et à une heure opportune, afin d'empêcher que les autres fidèles ne souffrent en raison du choc causé par une liturgie dont ils ne comprennent pas la langue, avec un célébrant leur tournant le dos. Cependant, cela ne fut pas l'intention de Benoît XVI lorsqu'il déclara dans le motu proprio « Summorum Pontificum » que le rit romain traditionnel ne fut jamais abrogé, pouvant et devant être célébré en toutes les paroisses du monde, comme le Cardinal Hoyos le commenta (1). 

L'aumônerie de l'hôpital est une précieuse occasion, non seulement pour réaliser ce désir du Saint-Père, mais principalement pour démontrer deux choses fondamentales. 

D'une part, que les rites de l’Eglise ont la capacité d'amener les âmes bien intentionnées à une fructueuse participation à la liturgie, même si l'on ne les comprend pas, puisque leurs piété et leur beauté les imprègnent de l'amour de Dieu et de la haine du péché. 

D'autre part, que ce rite n'est pas un bloc monolithique qui ignore les besoins pastoraux des fidèles, surtout des plus ignorants et endurcis, car il est tout à fait possible d'introduire dans sa célébration des moyens adéquats pour les conduire à la dite participation fructueuse tout en préservant le rite du moindre changement au niveau des rubriques. 

Et, ici encore, j'affirme ma certitude que l'exclusivité du rit romain traditionnel ne cloisonne  pas les prêtres de l'Institut du Bon Pasteur dans un monde à part, constitué de catholiques bien formés et généralement « bien-nés ». Au contraire, c'est à nous de former plutôt que d'aller seulement à la rencontre de ceux qui le sont déjà, comme Notre-Seigneur qui n'est pas venu appeler les justes, mais les pécheurs (Mth. IX, 13). Ainsi, chaque jour que je célèbre la messe l'hôpital, je mets à l'épreuve ma formation sacerdotale et mes convictions selon lesquelles nous avons un charisme à part sans vivre dans un monde à part, l'exerçant au milieu du troupeau, comme nous y invitait le Pape François (2). Les confessions, les conseils donnés, les bénédictions et la présence assidue de quelques patients ou familiers à la sainte messe hebdomadaire sont le fruit et la preuve que le Bon Pasteur est prêt à laisser les quatre-vingts dix-neuf brebis qui sont déjà dans la bergerie afin de chercher celle qui s'est perdue. 

 

(1) http://leblogdejeannesmits.blogspot.com.br/2008/05/la-messe-traditionnelle-doit-tre.html
(2) http://www.acidigital.com/noticias/o-papa-aos-sacerdotes-sede-pastores-com-o-cheiro-das-ovelhas-e-pescadores-de-homens-80276/ 

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